Un vase est rarement un seul geste continu. Regardez de près et il se met à se diviser en parties. Un pied. Une panse. Une épaule. Un col. Un bord. Une ouverture. Parfois des anses. Et entre elles, une série de transitions qui déterminent la sensation que donne l’objet tout entier.

C’est l’une des raisons pour lesquelles les vases antiques sont devenus une référence si intéressante pour mon travail. Je ne les regarde pas comme des formes à reproduire. Je regarde comment ils sont construits.

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En architecte, je lis d’instinct les objets en coupe. La silhouette extérieure n’est qu’une part de l’histoire. Il y a aussi l’intérieur. L’épaisseur de la paroi. La profondeur du vase. Le rapport entre son centre de gravité et sa base. La taille de l’ouverture comparée au volume qu’elle contient. Le point où la panse atteint sa plus grande largeur. La manière dont elle rencontre la surface qui la porte.

Ces décisions sont infimes, mais ensemble elles créent le caractère d’un objet. Remontez l’épaule et le vase se redresse. Abaissez-la et le même volume s’alourdit. Resserrez le col et la panse paraît soudain plus grande. Élargissez l’ouverture et l’objet se met à se comporter comme un bol. Allongez le pied et il semble se soulever de la table. Changez une seule relation et toute la composition change.

Cinq vases non émaillés de même hauteur alignés, chacun avec une épaule, un col et une ouverture différents, légendés en dessous
Cinq profils, une seule hauteur. Épaule, col, ouverture et pied déplacés tour à tour.

Les espaces entre les parties

Ce qui m’intéresse le plus, ce sont souvent les endroits qui n’ont pas de nom. La transition de la panse au col. Le moment où une paroi commence à tourner vers une ouverture. La petite courbe où un objet rencontre la table. Le point où une anse quitte la panse et devient indépendante avant d’y revenir.

L’architecture travaille elle aussi par ces moments. Un mur rencontre un sol. Une façade tourne un angle. Un escalier arrive sur un palier. Un matériau en rencontre un autre. Un bâtiment rencontre le sol. Nous décrivons volontiers l’architecture par ses grands éléments, mais son caractère est souvent déterminé par la manière dont ces éléments se rencontrent. Un vase en céramique lui ressemble remarquablement.

La proportion avant le décor

Regarder les vases grecs antiques le rend particulièrement visible. Même lorsque leurs surfaces sont richement décorées, la géométrie sous-jacente demeure d’une force incroyable. Avant l’image vient l’objet. Le rapport entre l’ouverture, le col, l’épaule, la panse et le pied établit un ordre auquel le décor peut ensuite répondre.

C’est une chose que je trouve de plus en plus importante. Un bel émail ne peut pas sauver une proportion qui ne fonctionne pas. Le décor peut ajouter une couche de sens supplémentaire, mais l’objet doit d’abord tenir par lui-même. Son architecture vient en premier.

Le vide fait partie du projet

Un autre élément rend les vases particulièrement intéressants : ils sont conçus autour du vide. Un vase n’est pas simplement un volume de céramique. C’est une limite autour d’un vide. La matière crée le bord, mais l’espace vide à l’intérieur donne à l’objet sa raison d’être. Il peut recevoir de l’eau. Du vin. De l’huile. De la nourriture. Des fleurs. Une branche. Ou rien du tout.

Cela rend l’ouverture particulièrement importante. Elle n’est pas simplement le haut de l’objet. C’est le seuil entre le dehors et le dedans. Une ouverture étroite protège. Une ouverture large invite. Un bol profond dissimule une part de ce qu’il contient. Une assiette plate expose presque tout. La géométrie influence non seulement ce qu’un objet peut contenir, mais aussi la manière dont nous l’abordons.

Le corps et la main

L’architecture se comprend par le corps. La céramique aussi. Seule l’échelle change. Dans un bâtiment, on entre. Un vase, on le tient. Une porte répond aux dimensions d’une personne. Une anse répond aux doigts. Un banc tient compte du corps au repos. Une tasse tient compte de la bouche, de la main et du poids de ce qu’elle contient.

Ce rapport entre la géométrie et le corps est l’une des choses qui relient mon travail en architecture du paysage à la céramique. Ni l’un ni l’autre ne consiste simplement à faire des formes. Tous deux consistent à concevoir des relations entre la forme, la matière et l’usage.

Pourquoi les formes anciennes restent intéressantes

De nombreuses typologies de vases existent depuis des millénaires. Cette longévité n’est pas accidentelle. Des générations de fabricants les ont ajustées par l’usage. Un col s’est resserré parce qu’il fallait verser quelque chose. Une anse est apparue parce qu’il fallait porter quelque chose. Un pied a stabilisé ou surélevé un vase. Un bol large a permis d’atteindre la nourriture. Un bord a changé parce que la main ou la bouche le rencontrait.

La fonction a peu à peu produit la géométrie. Puis les fabricants ont travaillé à l’intérieur de cette géométrie, l’étirant, la comprimant, la décorant et lui donnant du caractère. C’est ce qui rend les objets historiques si utiles comme références. Ils contiennent un savoir de conception accumulé.

Référence, non reproduction

Pour Me Meraki, étudier ces objets ne signifie pas revenir aux formes antiques. Je ne cherche pas à faire des répliques contemporaines de céramiques archéologiques. Ce qui m’intéresse, c’est l’intelligence qui y est inscrite. Pourquoi cette proportion paraît-elle équilibrée ? Pourquoi la transition entre ces deux volumes est-elle si satisfaisante ? Pourquoi un vase paraît-il monumental alors qu’il est petit ? Que se passe-t-il si l’on exagère une relation familière ? Que peut-on retirer ? Qu’est-ce qui mérite de rester ?

Ces questions permettent à la culture matérielle historique de devenir active plutôt que nostalgique. Le passé fournit un arrière-plan, non un plan à suivre.

Concevoir à partir de relations

Je pense de plus en plus que c’est ainsi que je veux aborder les nouvelles formes de Me Meraki. Non en commençant par la consigne : dessiner un vase. Mais en commençant par des relations. Panse large, ouverture étroite. Base lourde, bord délicat. Centre bas, col allongé. Courbe continue, interruption soudaine. Extérieur massif, vide généreux. Symétrie, petit écart. L’objet peut émerger de ces relations.

Cela crée un processus de conception d’une autre nature. Au lieu de dessiner une silhouette et de décider si elle me plaît, je peux construire un petit système architectural et laisser le caractère final en émerger.

Un vase peut ne mesurer que quelques centimètres de haut. Mais dans ce petit objet, il peut y avoir malgré tout structure, proportion, seuil, circulation, poids, équilibre, matière et espace. Autrement dit, bon nombre des questions que je rencontre en concevant un paysage ou un bâtiment. L’échelle change. Les principes, non.

C’est peut-être pour cela que les vases continuent de me fasciner. Ce sont de très petites pièces d’architecture bâties autour d’un espace vide.

Note de terrain 015

Un vase n’est pas une forme unique. C’est une relation entre des parties, une matière, un corps et un vide.