On me demande souvent pourquoi une architecte paysagiste se met à fabriquer des objets en céramique. La réponse m’a toujours paru étonnamment simple. Je n’ai jamais changé de discipline. J’ai seulement changé d’échelle. Les questions restent remarquablement semblables.
On comprend souvent l’architecture du paysage comme la conception de parcs, de rues et d’espaces publics. On comprend souvent la céramique comme la fabrication de vases et d’objets du quotidien. À première vue, les deux n’ont rien à voir. L’une travaille à l’hectare. L’autre tient sans peine entre deux mains. Pourtant, sous ces différences, le processus de conception est le même. Observation. Contexte. Matière. Proportion. Temps. Usage. Ces principes ne changent pas, quelle que soit l’échelle.
Lorsqu’on conçoit une place publique, on commence rarement par le revêtement. On commence par les gens. Par où arrivent-ils ? Où s’arrêtent-ils ? Où cherchent-ils l’ombre ? Où les conversations naissent-elles d’elles-mêmes ? Comment l’eau circule-t-elle sur le site ? Comment le soleil transforme-t-il l’espace au fil de la journée ? Comment le lieu vieillira-t-il au fil des décennies ? Ce n’est qu’ensuite que les matériaux et les formes commencent à apparaître.
La même séquence existe lorsqu’on conçoit un objet. Avant de dessiner un profil, je pose d’autres questions. Comment la main l’aborde-t-elle ? Où le pouce vient-il naturellement se poser ? Comment le bord rencontre-t-il les lèvres ? Comment la lumière se déplace-t-elle sur la surface pendant le petit-déjeuner ?
Quelle sensation l’objet donne-t-il après des années d’usage quotidien ? Ce ne sont pas des questions décoratives. Ce sont des questions d’habitation.
L’architecture du paysage m’a appris que concevoir concerne rarement des objets isolés. Il s’agit de relations. Un banc n’a de sens que grâce à l’arbre qui se tient à côté de lui. Un chemin ne prend son sens que parce qu’il relie des lieux. Un mur ne compte que parce qu’il crée un abri. C’est le contexte qui donne à chaque élément sa raison d’être.
Les objets se comportent exactement de la même manière. Un bol appartient à une table. Une table appartient à une pièce. Une pièce appartient à une maison. Une maison appartient à un paysage. Rien n’existe indépendamment. Tout participe d’un système spatial plus vaste.
C’est peut-être pour cela que je pense moins en termes de produits qu’en termes d’environnements. Un objet en céramique ne devrait jamais dominer une pièce. Il devrait contribuer discrètement à son atmosphère. De même qu’un arbre placé avec soin transforme une place sans réclamer l’attention, un objet du quotidien peut modeler subtilement la manière dont un espace est vécu. Son influence se mesure à l’usage, non au spectacle.
L’architecture du paysage offre une autre leçon. Les bons espaces publics encouragent les rituels. Les promenades du matin. Les enfants qui jouent. Les voisins qui se croisent. La lecture sous un arbre. Le déjeuner à l’ombre. Ces gestes répétés finissent par faire partie de l’identité d’un lieu.
Les objets participent eux aussi à des rituels. Le café du matin. Le pain partagé à table. La préparation des repas. Le service aux amis. La tasse de thé du soir. Avec le temps, l’objet devient indissociable de ces moments. Sa valeur ne tient pas à son apparence, mais à la vie qui se déploie autour de lui.
L’échelle change. Le comportement humain, non. Que l’on conçoive une place urbaine ou un petit vase, on conçoit en définitive des expériences. On donne forme au mouvement.
Au confort. Au toucher. À la mémoire. À l’atmosphère. L’un se joue sur des centaines de mètres. L’autre sur quelques centimètres. L’ambition reste identique.
C’est peut-être pour cela que je n’ai jamais considéré Me Meraki comme séparé de mon travail d’architecte paysagiste. C’est une autre manière d’explorer les mêmes questions. Qu’est-ce qui rend un espace généreux ? Qu’est-ce qui crée le calme ? Comment les matériaux influencent-ils l’émotion ? Comment le temps améliore-t-il un projet au lieu de l’amoindrir ? Ces questions se posent simplement à l’échelle de la table.
Les objets développés au sein de Me Meraki ne sont donc pas des bâtiments miniatures. Ce ne sont pas non plus des paysages sculpturaux. Ce sont des compagnons du quotidien façonnés par les mêmes principes que ceux qui organisent les lieux. La proportion avant l’expression. Le climat avant l’esthétique. La matière avant le décor. L’usage avant l’image. Le temps avant la perfection.
C’est peut-être là le véritable lien entre l’architecture du paysage et la céramique. Toutes deux sont des actes d’hospitalité. Toutes deux créent les conditions pour que les gens se rassemblent. S’arrêtent. Partagent. Se sentent chez eux. L’une offre une place sous un arbre. L’autre offre une place à table.
Quand je conçois un bol, j’imagine souvent une place publique. Non parce qu’ils se ressemblent. Mais parce que tous deux posent exactement la même question. Comment ce simple geste de conception peut-il rendre la vie quotidienne un peu plus riche de sens ?